Chêne pédonculé, pâquerette, ajonc, hortensia, fougère… Nous utilisons quotidiennement des noms communs pour parler des plantes.
Mais ces noms peuvent changer selon les régions, les langues et les usages. Une même plante peut porter plusieurs noms vernaculaires, tandis qu’un même nom peut parfois désigner différentes espèces.
Pour éviter toute ambiguïté, les botanistes utilisent une nomenclature scientifique internationale permettant d’identifier précisément chaque plante.
Comprendre cette nomenclature permet de mieux lire une flore, une étiquette de pépinière, une fiche botanique ou encore les données d’un atlas de biodiversité.
🌱 Pourquoi les plantes ont-elles un nom scientifique ?
Les noms communs sont pratiques, mais ils ne sont pas toujours suffisamment précis.
Prenons le chêne pédonculé.
Son nom scientifique actuellement accepté est :
Quercus robur L.
Ce nom peut être utilisé par un botaniste français, britannique, espagnol ou japonais sans qu’il soit nécessaire de traduire le nom de la plante.
C’est précisément l’objectif de la nomenclature scientifique : fournir un système stable, international et aussi peu ambigu que possible pour désigner les organismes.
Les règles actuelles de dénomination des plantes sauvages sont définies par le Code international de nomenclature pour les algues, les champignons et les plantes, aujourd’hui régi par le Code de Madrid publié en 2025.
🌿 Deux mots pour désigner une espèce
Le principe de base est souvent appelé nomenclature binominale.
Le nom d’une espèce comporte généralement deux éléments.
Prenons :
Quercus robur
1. Quercus
Il s’agit du genre.
Le genre rassemble plusieurs espèces considérées comme apparentées.
Le genre Quercus regroupe les chênes.
2. robur
Il s’agit de l’épithète spécifique.
Associée au nom de genre, elle permet de former le nom de l’espèce :
Quercus robur
Il est donc plus exact de dire que le deuxième terme est une épithète spécifique, plutôt que « le nom de l’espèce » pris isolément.
✍️ Comment écrire correctement un nom scientifique ?
Quelques règles typographiques simples permettent de reconnaître immédiatement un nom botanique.
On écrit :
Quercus robur
avec :
- une majuscule au nom de genre : Quercus ;
- une minuscule à l’épithète spécifique : robur ;
- les deux termes en italique.
En revanche, le nom de l’auteur qui a décrit ou nommé le taxon n’est pas écrit en italique.
Ainsi :
Quercus robur L.
Le « L. » signifie ici Linnaeus, c’est-à-dire Carl von Linné.

👨🔬 Le rôle de Linné
Le naturaliste suédois Carl von Linné, au XVIIIᵉ siècle, a joué un rôle majeur dans la généralisation de la nomenclature binominale.
Son ouvrage Species Plantarum, publié en 1753, constitue un repère historique fondamental pour la nomenclature botanique moderne.
Cependant, la botanique n’est pas restée figée depuis Linné.
Les noms et les classifications peuvent évoluer lorsque de nouvelles études montrent que certaines plantes doivent être regroupées différemment.
C’est pourquoi un nom utilisé dans un ouvrage ancien peut aujourd’hui être considéré comme synonyme d’un autre nom accepté.
🌳 Exemple : le chêne pédonculé
Ton document utilise le nom :
Quercus pedonculata
Ce nom a effectivement été utilisé historiquement.
Aujourd’hui, le nom accepté pour le chêne pédonculé est :
Quercus robur L.
Plants of the World Online, la base taxonomique des Royal Botanic Gardens de Kew, considère Quercus robur comme l’espèce acceptée.
Certains noms anciens liés à « pedunculata » sont désormais traités comme synonymes de Quercus robur ou de certaines de ses sous-espèces.
C’est un bon exemple de l’évolution de la nomenclature botanique.
🧬 Nom scientifique et classification : deux choses différentes
Le nom scientifique permet de désigner un taxon.
La classification cherche, elle, à situer ce taxon dans l’arbre du vivant.
Pour Quercus robur, une classification moderne peut notamment indiquer :
Règne : Plantae
Embranchement : Streptophyta
Classe : Equisetopsida
Sous-classe : Magnoliidae
Ordre : Fagales
Famille : Fagaceae
Genre : Quercus
Espèce : Quercus robur
Cette classification est celle actuellement utilisée par Plants of the World Online.

🌿 Genre, famille et ordre
Le genre
Le genre rassemble plusieurs espèces apparentées.
Exemple :
Quercus
Il regroupe actuellement plusieurs centaines d’espèces de chênes dans le monde. Plants of the World Online reconnaît aujourd’hui environ 477 espèces acceptées dans ce genre, hybrides compris dans la liste taxonomique.
La famille
Plusieurs genres proches sont regroupés dans une famille.
Le genre Quercus appartient à la famille :
Fagaceae
Cette famille comprend notamment les chênes, les hêtres et les châtaigniers.
L’ordre
Les familles sont elles-mêmes regroupées dans des ordres.
Les Fagaceae appartiennent à l’ordre :
Fagales
Il faut ici corriger une formulation fréquente dans les anciens ouvrages : « dicotylédones » n’est pas un ordre botanique.
Le terme « dicotylédones » reste utilisé de manière descriptive ou historique, mais la classification moderne des plantes à fleurs repose sur des groupes phylogénétiques plus précis.
🌸 Les Angiospermes
Les chênes appartiennent aux Angiospermes, c’est-à-dire aux plantes à fleurs dont les ovules sont enfermés dans un ovaire qui donnera ensuite un fruit.
Les glands du chêne sont donc bien les fruits d’une plante à fleurs.
Les Angiospermes s’opposent notamment aux Gymnospermes, groupe auquel appartiennent par exemple de nombreux conifères.
🌱 Espèce, sous-espèce et variété botanique
Une espèce peut parfois être subdivisée en plusieurs taxons infra-spécifiques.
On peut notamment rencontrer :
La sous-espèce
Abréviation :
subsp.
Exemple :
Quercus robur subsp. robur
Cette sous-espèce est actuellement reconnue.
La variété botanique
Abréviation :
var.
Une variété botanique est une population naturelle présentant certains caractères distinctifs tout en appartenant à la même espèce.
Elle ne doit pas être confondue avec une variété horticole, expression souvent utilisée abusivement pour désigner un cultivar.
🌺 Qu’est-ce qu’un cultivar ?
Dans le jardinage et l’horticulture, on rencontre fréquemment des noms comme :
Acer palmatum ‘Bloodgood’
ou :
Hydrangea macrophylla ‘Endless Summer’
Le nom placé entre apostrophes correspond à un cultivar.
Le terme vient de l’anglais cultivated variety.
Un cultivar correspond à une plante sélectionnée et maintenue en culture pour certains caractères particuliers :
- couleur des fleurs ;
- forme du feuillage ;
- port compact ;
- port pleureur ;
- croissance rapide ou lente ;
- résistance particulière ;
- taille des fruits ;
- coloration du feuillage.
La nomenclature des plantes cultivées est régie par un code spécifique : le International Code of Nomenclature for Cultivated Plants. Sa 9ᵉ édition demeure une référence internationale pour les cultivars.
✍️ Comment écrire le nom d’un cultivar ?
Le cultivar n’est généralement pas écrit en italique.
On écrit par exemple :
Quercus robur ‘Fastigiata’
et non :
Quercus robur fastigiata
Le nom du cultivar est placé entre apostrophes simples et commence généralement par une majuscule.
🌱 Cultivar et variété botanique : attention à la confusion
Les deux notions sont différentes.
Variété botanique
Elle correspond à une variation reconnue dans la nature et fait partie de la nomenclature botanique.
Cultivar
Il s’agit d’une plante sélectionnée ou maintenue en culture pour ses caractéristiques particulières.
Dans les jardineries et les pépinières, le mot « variété » est souvent employé commercialement à la place de cultivar, mais du point de vue botanique les deux termes ne sont pas équivalents.
🧬 Qu’est-ce qu’un clone ?
Un clone correspond à un ensemble d’individus provenant d’un même individu par multiplication végétative.
Cela peut être obtenu notamment par :
- bouturage ;
- marcottage ;
- division ;
- greffage ;
- culture in vitro.
Ces plantes possèdent normalement un patrimoine génétique très proche, voire identique, à celui de la plante dont elles sont issues, hors mutations éventuelles.
Un cultivar peut être multiplié par clonage, mais cultivar et clone ne sont pas synonymes.
🌍 Qu’est-ce qu’un écotype ?
Un écotype correspond à une population présentant certaines adaptations à des conditions écologiques particulières.
Il peut par exemple s’agir d’une population adaptée :
- au littoral ;
- à un sol très humide ;
- à une forte sécheresse ;
- à l’altitude ;
- à un type particulier de sol.
Les écotypes sont issus des processus de sélection naturelle.
📍 Qu’appelle-t-on provenance ?
En foresterie, la provenance indique l’origine géographique d’un lot de graines ou d’une population végétale.
Cette information peut être particulièrement importante lors de plantations forestières ou de programmes de restauration écologique.
Deux populations appartenant à la même espèce peuvent en effet présenter des adaptations différentes selon leur origine géographique.
🌿 Et le terme « race » ?
Le mot race apparaît encore dans certains anciens documents de botanique ou de sylviculture. Ton document l’emploie notamment pour désigner une variété liée à une aire géographique.
Aujourd’hui, ce terme est généralement évité en taxonomie botanique formelle au profit de notions plus précises comme :
- sous-espèce ;
- variété ;
- population ;
- écotype ;
- provenance.
🌸 Qu’est-ce qu’un hybride ?
Un hybride résulte du croisement entre deux taxons distincts compatibles.
Il peut notamment s’agir d’un croisement entre deux espèces proches.
Le symbole :
×
permet d’indiquer l’origine hybride.
Exemple :
Quercus × turneri
Cet hybride de chêne est actuellement reconnu comme résultant du croisement :
Quercus ilex × Quercus robur
Le symbole × fait donc partie de la notation botanique de l’hybride.
🔄 Pourquoi les noms scientifiques changent-ils parfois ?
Cela peut paraître déroutant : une plante connue depuis des décennies sous un nom peut un jour apparaître sous un autre.
Plusieurs raisons peuvent l’expliquer.
De nouvelles études scientifiques
La génétique et la phylogénie moléculaire permettent aujourd’hui de comparer directement l’ADN des plantes.
Certaines espèces autrefois considérées comme proches se révèlent parfois éloignées, et inversement.
L’application des règles de priorité
La nomenclature botanique repose notamment sur un principe de priorité : lorsqu’il existe plusieurs noms valablement publiés pour un même taxon, le plus ancien conforme aux règles possède généralement la priorité, sauf exceptions prévues par le Code.
Une nouvelle interprétation taxonomique
Les botanistes peuvent également revoir les limites d’un genre ou d’une espèce.
Le nom d’une plante peut alors changer de genre ou être placé en synonymie.
🔎 Qu’est-ce qu’un synonyme botanique ?
Un synonyme est un nom scientifique qui a été utilisé pour désigner un taxon mais qui n’est pas le nom actuellement retenu par une source taxonomique donnée.
Cela ne signifie pas nécessairement que l’ancien nom était « faux ».
Il peut simplement correspondre à une classification antérieure.
C’est particulièrement important lorsque l’on consulte :
- de vieux livres ;
- des herbiers ;
- des bases naturalistes ;
- des catalogues horticoles ;
- des publications scientifiques anciennes.
🧭 Quel nom retenir pour une fiche botanique ?
Pour une fiche d’espèce, il est préférable de vérifier le nom scientifique actuellement accepté dans une base taxonomique de référence.
En France, l’INPN permet notamment de rechercher les espèces et leurs informations taxonomiques.
À l’échelle internationale, plusieurs grandes bases sont utilisées, notamment :
- Plants of the World Online — Royal Botanic Gardens, Kew ;
- IPNI — International Plant Names Index ;
- World Flora Online ;
- les référentiels taxonomiques nationaux.
🌿 Pourquoi conserver aussi les anciens noms ?
Les synonymes restent très utiles.
Ils permettent de retrouver une espèce lorsqu’elle est mentionnée sous un ancien nom dans :
- une flore ancienne ;
- un ouvrage de jardinage ;
- une publication scientifique ;
- une collection botanique ;
- une base historique.
Dans un atlas moderne, on peut donc afficher :
Nom accepté : Quercus robur L.
puis, si nécessaire :
Synonymes historiques : anciens noms utilisés pour cette espèce.
🌱 Nom scientifique et nom vernaculaire sont complémentaires
Le nom scientifique n’a pas vocation à faire disparaître les noms populaires.
Les deux remplissent simplement des fonctions différentes.
Le nom vernaculaire
Il facilite la communication auprès du grand public :
Chêne pédonculé
Le nom scientifique
Il garantit une identification taxonomique précise :
Quercus robur L.
Dans une fiche naturaliste, l’idéal est donc souvent d’afficher les deux.
📚 Savoir lire une étiquette botanique
Prenons :
Quercus robur ‘Fastigiata’
On peut le lire ainsi :
Quercus → genre
robur → épithète spécifique
Quercus robur → espèce
‘Fastigiata’ → cultivar à port fastigié
Autre exemple :
Quercus × turneri
Quercus → genre
× → origine hybride
turneri → épithète de l’hybride
🌿 En résumé
Le nom scientifique d’une plante n’est pas seulement une appellation compliquée réservée aux botanistes.
Il permet de savoir précisément de quelle plante on parle, indépendamment du pays ou de la langue.
Quelques notions permettent déjà de décoder la majorité des fiches botaniques :
🌱 Genre → groupe d’espèces apparentées
🌿 Espèce → unité fondamentale de la classification
🌳 Famille → rassemble plusieurs genres apparentés
🔎 Sous-espèce / variété → subdivisions naturelles possibles d’une espèce
🌺 Cultivar → plante sélectionnée et maintenue en culture
🧬 Clone → descendants végétatifs d’un même individu
🌍 Écotype → population adaptée à certaines conditions écologiques
🌸 Hybride → résultat d’un croisement entre taxons compatibles
🔄 Synonyme → ancien ou autre nom appliqué au même taxon
Comprendre ces termes permet de mieux utiliser une flore, un atlas naturaliste, une pépinière ou une base de données botanique.
Et derrière chaque nom scientifique se cache finalement une information essentielle : l’identité précise de la plante que nous observons.
🌿 Pour aller plus loin — Observer les espèces de Bretagne Sud
Vous savez maintenant comment lire un nom scientifique et comprendre les principales notions de nomenclature botanique.


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